Sauvez des vies
Faites-nous parvenir toute information en lien avec les événements relatés dans cet article, afin de nous aider à mener à bien cette enquête.
Si vous détenez des renseignements en rapport avec des expériences psychiatriques menées sur des enfants ou concernant l'usage de violence ou de coercition envers eux, Justice et Liberté aimerait communiquer avec vous.
Veuillez nous faire parvenir les renseignements par la poste à l'adresse suivante : La Commission des Citoyens pour les Droits de l'Homme, 4321 Papineau, Bur. 202, Montréal (Québec) H2H 1T3
Vous pouvez également nous joindre par courriel à editeur@freedommag.org, ou par téléphone au (514) 527-0874. |
Clarina Duguay se souvient bien de la vie qu’elle menait avant que Clara, sa mère, ne quitte le foyer. La cadette de cinq enfants se rappelle des moments heureux dans sa famille de Cap Espoir, un village de pêcheurs sur la péninsule de Gaspé, au Canada, où l’argent était rare mais où l’amour régnait. Chaque matin, accompagnée de son chien Coffee, elle aidait sa mère à rassembler leurs huit ou neuf vaches pour les traire. D’ailleurs, elle apprit de nombreuses choses de sa mère, telles que faire cuire le pain, une activité qu’elle pratique encore avec plaisir, 60 ans plus tard.
Dans cette communauté rurale où les chevaux constituaient encore le principal moyen de transport, Clara encourageait sa fille à poursuivre son rêve de devenir hôtesse de l’air. Les membres de la famille étaient proches les uns des autres et ils se supportaient entre eux.
En 1945, leur vie idéale prit fin brusquement lorsque Clara, alors atteinte de tuberculose, dut se rendre dans un sanatorium.
Le père de Clarina, Joseph Duguay, un bûcheron qui devait souvent s’absenter pour son travail, se laissa persuader par le médecin du village et par le prêtre de la paroisse qu’il ferait mieux de confier Clarina ainsi que sa jeune sœur Simonne à un orphelinat de Rimouski, une ville située sur les rives du Saint-Laurent. On l’assura qu’elles y recevraient une bonne éducation.
Mais en 1946, peu après ses onze ans, on fit monter Clarina, en compagnie de quelque dix autres enfants de l’établissement, à bord d’un autobus. Alors qu’on leur avait dit qu’ils se rendaient visiter Rimouski, non seulement prirent-ils la direction de Saint-Ferdinand, situé à des milles de là, mais ils se rendirent aussi à l’institution psychiatrique de Saint-Julien. C’est alors que débuta le cauchemar de Clarina.
Faussement déclarés patients psychiatriques
Plusieurs années plus tard, Clarina découvrirait que le faux diagnostic de retardée mentale qu’on lui avait attribuée était la cause de son internement à Saint-Julien.
Mais à l'époque, elle s'est retrouvée sans raison valable dans un endroit horrible où elle devait sans cesse frotter des planchers, sous les ordres du personnel de l’institution.
« Ils nous plongeaient la tête dans de l’eau glacée dès que nous faisions une erreur », raconte Clarina. Elle ajoute qu’on leur maintenait la tête sous l’eau presque au point de les noyer. D’ailleurs, l’eau la terrorise encore et elle a constamment peur de se noyer.
Pour la moindre petite bêtise, on l’obligeait à s’agenouiller pendant des heures dans des positions atroces; on lui mettait une camisole de force, ou encore, on la confinait à un lit sans matelas, les pieds attachés à la froide structure de métal et la tête retenue par un collier de chien passé autour de son cou. Elle dit aussi avoir été agressée sexuellement.
Sa sœur Simonne, considérée elle aussi comme retardée à son insu, la rejoindra plus tard à Saint-Julien. Leur père n’était pas tenu au courant de ce qui était arrivé à ses deux filles et toute correspondance à Rimouski et à Saint-Julien était interdite. De toute façon, leur père ne savait ni lire ni écrire. Ce dernier, ne recevant pas de nouvelles, présumait que tout allait bien et que ses filles recevaient les soins appropriés.
Lorsque Clarina appelait sa mère en pleurant, on lui répondait qu’elle était morte de la syphilis dans un autre institut psychiatrique. En réalité, sa mère avait succombé à la tuberculose, n'ayant jamais rien su concernant le sort de ses enfants.
Mais le pire était encore à venir. Clarina se rappelle bien avoir été obligée, elle et ses compagnons d’infortune, de prendre de la chlorpromazine, une drogue encore expérimentale* mais si puissante que son promoteur, le psychiatre Heinz Lehmann, lui donna plus tard le nom de « lobotomie chimique »1.
« Avec ce médicament, je me sentais comme une morte-vivante », confia Clarina. Le médicament, connu au Canada sous le nom de Largactil et aux États-Unis, sous celui de Thorazine, leur était administré par injection ou sous forme orale, et ce, presque quotidiennement. On disait à Clarina que c’était un « médicament contre le rhume ».
*La chlorpromazine n’a reçu l’approbation de la FDA (U.S. Food and Drug Administration) qu’en 1954.
Suite...
|